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>>Et si on commençait à mutualiser nos organisations, camarades ?
par Vincent BADY, président du SYNAVI

en ligne le 25 septembre 2006
Auteur(e) : 
Vincent Bady
SYNAVI
Syndicat National des Arts Vivants
Adresse postale : Cours G.Giraud - Jardin des Chartreux – 69001 Lyon
Tel : 04.78.39.47.17 - Tel : 06.68.62.00.69. Permanence du lundi au jeudi de 9h à 12h
Contact : Sandie MARTIN et Muriel GUYON
Site : www.synavi.info / E-mail : contact@synavi.info


Dès la création du SYNAVI en octobre 2003, il nous a semblé important de dire que nos activités, nos pratiques, nos fonctionnements tenaient d’un mode d’économie qui avait plus avoir avec l’économie solidaire qu’avec le secteur public administré ou le secteur marchand.
(Cf. article 4 de la charte du SYNAVI : « Pour une activité de création dont les modes de production s’inscrivent dans le cadre d’une économie solidaire » et aussi le colloque organisé à Lille en novembre 2004). Ce qui tenait alors d’un repérage un peu incantatoire, sans démonstration probante de ce qu’était réellement l’économie solidaire dans le spectacle vivant, ou le spectacle vivant dans l’économie solidaire, trouve aujourd’hui des prolongements beaucoup plus concrets à partir de certaines lignes et dispositifs d’action.

La question n’est plus (pas) de savoir si l’activité de création de spectacles met, ou non, en œuvre de « l’économie solidaire », mais comment, dans cette activité, certaines pratiques, certains fonctionnements favorisent la solidarité, le partage d’outils, de ressources, de compétences…
A vrai dire, notre enthousiasme à nous porter du côté de l’économie solidaire était d’autant plus grand que tout le système social et les représentations qui accompagnent notre activité de création artistique et de diffusion, vont en sens contraire depuis des années :
- pratiques individualisées concurrentielles, enfermées dans l’affirmation forcenée de leur singularité « artistique » et dont la dénégation la plus mystifiante est bien la référence à telle ou telle famille d’appartenance
- soumission à une loi du marché, pire que celle qu’on repère habituellement comme telle, la loi du marché des réputations,
- formes de mercenarisation de l’emploi intermittent qui ont entrainé une hyperflexilbilité dans nos métiers
- assujetissement du financement public à l’arbitraire des collectivités publiques avec des effets pires que ceux que nous dénonçons habituellement dans les formes institutionnelles bureaucratiques… `

Au fond, de réellement « solidaire » dans notre activité, on ne pouvait réellement évoquer, avec quelque crédibilité, que l ‘ »investissement collectif » représenté par le système d’assurance chômage des intermittents du spectacle et son ancrage dans la sacro-sainte « solidarité professionnelle ». On sait ce qu’il advient actuellement de cet élément essentiel de solidarité économique et sociale, et sa transformation sous les coups de boutoir de l’UNEDIC en un système de plus en plus assurantiel…Mais tout n’est pas désespéré : les alarmes qui nous mobilisent depuis des années ne servent-elles pas à alimenter à présent une réflexion sur des systèmes étendus de redistribution salariale qui intéressent bien d’autres activités que la nôtre, et beaucoup d’autres travailleurs précaires (cf. la plate-forme autour de la sécurité sociale professionnelle, sur laquelle travaillent la CIP-Idf, les mouvements de chômeurs et la CGT) ?

Surtout la mobilisation et le mouvement des artistes et techniciens intermittents ont mis au grand jour la nécessité de débattre ensemble, d’échanger sur nos pratiques et d’inventer des outils de lutte, d’expertise et de connaissance communs. Si se battre, s’informer, se représenter ensemble était possible, on devait pouvoir aller plus loin et remettre en cause concrètement le postulat qui nous abuse sur l’exercice de nos métiers : l’idée que diversité artistique et culturelle suppose le développement d’une sorte de vivier où naissent et disparaissent des entreprises éphémères, totalement étanches les unes par rapport aux autres, aveugles à force de vouloir être reconnues, distinguées (au sens bourdivin) un jour, sauvées donc d’une disparition certaine par l’agrément du (des) prince(s) ou la cooptation des pairs.

C’est à cette quête d’un autre paradigme qu’il faut aujourd’hui référer toutes les initiatives que le SYNAVI encourage, visant à imaginer, à bricoler, à faire fonctionner des dispositifs de mutualisation. Et plus que de grands discours sur l’économie solidaire, il s’agit de voir pratiquement ce que peuvent nous apporter des outils de mutualisation , en gardant à l’esprit simplement que c’est pour contrer les risques de l’exploitation capitaliste qu’étaient nées en leur temps les mutuelles du mouvement ouvrier (cf. l’ intervention de Ph. Henry au colloque de Lille).

Quels risques avons-nous donc à contrer et quels moyens mettre en place pour cela, c’est aujourd’hui la seule question véritable.

Premier risque : le vulnérabilisation croissante de nos outils de travail qui sont de moins en moins protégés par le statut associatif privé, et de plus en plus exposés aux contrôles administratifs et sociaux.

Deuxième risque : l’enfermement dans une sorte d’économie de misère, ou d’économie de deuxième voire nième vitesse, sous prétexte que rien ne pourrait nous empêcher d’aller jusqu’au bout de nos projets artistiques et que pour cela, rien ne pourrait remplacer le bidouillage à la marge.

Troisième risque : une déprofessionnalisation accrue de nos métiers, non qu’il faille craindre le développement de la pratique artistique sous toutes ses formes, notamment amateurs, mais parce qu’il est juste de vouloir exercer complètement cette activité de façon à pouvoir en vivre.

Quatrième risque : le danger que la nécessité vitale de transmettre nos activités, simplement pour qu’elles aient un avenir, ne soit assurée que par des mécanismes normatifs et inadaptés sans la participation des artistes et des professionnels

Cinquième risque : la perte progressive des « acquis » de l’intermittence (diversité et richesse d’expériences professionnelles, capacités d’initiatives et de porter des projets, formes de polyvalence, etc.) par restriction du champ professionnel aux seuls outils institutionnels développant de l’emploi permanent sur des projets d’activité artistique très normés voire académiques…

Notre conviction est qu’aujourd’hui notre activité a encore un poids tel dans la société que travailler sur de nouveaux dispositifs légaux, de nouveaux outils administratifs, sociaux, économiques, adaptés à des pratiques, elles-mêmes en évolution constante, peut servir à contrer ces risques.

Raison pour laquelle le SYNAVI a lancé en 2006 un « appel au recueil et à la valorisation d’outils collectifs et de dispositifs de mutualisation à l’initiative de compagnies et structures independantes de création ».

Je cite ici cet appel pour l’ information de tous :

« Le SYNAVI appelle les compagnies à faire connaître et à débattre de toutes les expériences et projets divers qui les voient s’associer, se regrouper, se solidariser, mettre en commun des moyens pour développer leur activité artistique et la rencontre de leurs créations avec le public.

Le développement d’outils collectifs sous le contrôle des compagnies est un moyen essentiel pour renforcer notre secteur d’activité :
- par les opportunités d’échanges de tous ordres (y compris sur le plan artistique) qu’on peut favoriser entre équipes artistiques
- par l’ouverture au renouvellement qu’il représente : l’engagement solidaire autour de certains outils de travail entre jeunes compagnies et compagnies plus anciennes est un gage de pérennisation de notre activité s’il est vrai que ne demeure dans le temps que ce qui s’ouvre continuellement à la nouveauté
- par le renforcement de l’adresse collective aux différents partenaires de notre activité (élus, responsables de politiques culturelles, organismes sociaux et professionnels) dont beaucoup ont trop longtemps su profiter de l’émiettement et de l’atomisation de nos entreprises.

Le Synavi n’ignore pas l’intérêt que peuvent susciter diverses formes de mutualisation chez des responsables de politiques culturelles, qui souhaitent limiter, en le concentrant sur certaines équipes ou lieux, "têtes de réseaux" ou "producteurs délégués", l’engagement public à subventionner les compagnies à la hauteur de leurs besoins.
Aussi convient-il de veiller à ce que la nécessité d’outils collectifs n’aboutisse pas à réduire l’autonomie des compagnies et de leurs projets artistiques. Le SYNAVI met en garde particulièrement contre toute incitation et soutien à la mise en place de "bureaux de production" ou d’"offices de diffusion" qui échapperaient au contrôle des compagnies et structures de création.

Représentant les intérêts collectifs des compagnies indépendantes, le SYNAVI est sans doute le mieux placé pour valoriser, mettre en œuvre, faire reconnaître, les outils collectifs les plus adaptés à nos besoins dans tous les domaines.

D’abord parce que ces outils existent déjà dans de nombreux endroits et à notre initiative :
- lieux privés ou publics occupés par plusieurs compagnies dans des procédures diverses d’association,
- outils mutualisés de gestion ou d’administration,
- initiatives communes de plusieurs équipes au titre de la formation (amateur ou professionnelle), de l’insertion professionnelle, de la diffusion, comme de l’action sur un territoire
- compagnies fonctionnant elles-mêmes comme des collectifs regroupant plusieurs porteurs de projets, etc.

Les exemples sont nombreux où la solidarité s’exerce avec un retour réel pour les compagnies concernées et les collectivités..
Aussi bien dans la législation sociale (groupements d’employeurs, formes de mutualisation, statuts coopératifs, etc.), dans les recommandations de collectivités donneuses d’ordre, que dans l’exemple d’autres secteurs (social, éducatif etc.), il est aujourd’hui possible de promouvoir des cadres juridiques ainsi que des moyens de financement qui permettent de soutenir et de développer les expériences et les projets existants. »

A cet appel, était jointe une liste de quelques projets et expériences. Pour ne citer que ceux dont le SYNAVI est parfois à l’origine ou qu’il accompagne particulièrement :
- GROUPEMENTS D’EMPLOYEURS (LATITUDES, OSCAR) AUTOUR D’EMPLOIS ADMINISTRATIFS EN HAUTE-NORMANDIE
- ETUDE DE FAISABILITE SUR UN GROUPEMENT D’EMPLOYEURS POUR L’EMPLOI D’ARTISTES ET DE TECHNICIENS DU SPECTACLE VIVANT A LYON
- PROJETS DE MUTUALISATION D’EMPLOIS ENTRE PLUSIEURS COMPAGNIES EN ILE-DE-FRANCE (en collaboration avec CNAR-Culture et les DLA)
- ASSOCIATION DE 20 COMPAGNIES AUTOUR D’UNE FRICHE EN ALSACE (Friche-Laiterie à Strasbourg)

Sur ces différentes projets / expériences, le SYNAVI entend mettre à disposition des compagnies des descriptifs, des contacts et des fiches ressources. Il propose, au cours de l’année 2006, de recueillir d’autres expériences et de finaliser un outil public de communication et de débats à usage des compagnies et des responsables de politiques culturelles. Par ailleurs il interroge le Ministère du Travail et les autres organisations professionnelles sur les hypothèses d’évolution juridiques qui pourraient favoriser certains dispositifs de mutualisation dans notre secteur, tels les groupements d’employeurs. Il travaille à la recherche de solutions permettant d’adapter la législation du spectacle vivant, en vue de pérenniser l’activité, de sécuriser les outils de travail et de mieux structurer les parcours professionnels.

Ces tâches, nous les considérons comme éminemment syndicales, elles visent à développer une culture politique et idéologique du collectif dans nos activités qui ne va pas toujours de soi, même si elle est invoquée souvent pour désigner le caractère même de notre travail et ses finalités. S’il fallait trouver encore un témoignage de ces difficultés, il est aisé et pourtant paradoxal de le trouver dans nos propres organisations : les difficultés à fédérer, au-delà des corporatismes disciplinaires ou autres, des démarches militantes ou de représentations professionnelles.
N’est-il pas temps de regrouper, de re-collectiviser nos outils militants, fédération, syndicat, association, coordination, comités, pour au moins simplifier le jeu des casquettes multiples, et surtout recomposer entre nous du politiquement fort et efficace ? Comme si nous étions condamnés à ce que la défense légitime de la singularité de nos aventures artistiques devait se traduire en autant de démarches et d’organisations militantes singulières et corporatives … Et si on commençait à mutualiser nos organisations, camarades ?

Site de référence à visiter

Le site de Synavi (http://www.synavi.info)


Le Couac reçoit une aide du Ministère de la Culture
dans le cadre des mesures pour l'emploi
au titre du développement artistique et culturel territorial
et bénéficie d'une aide au fonctionnement de la Ville de Toulouse.
   


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